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Texte inducteur - 36ème Assises Nationales du CNAEMO

Protection de l'Enfance : la diversification dans tous ses états !

Le CNAEMO s’inscrit dans cette actualité d’une diversification des modes d’intervention auprès des familles. On peut citer la mise en place du Carrefour d’Observation et de Recherche qui, en recensant les différents services mais aussi les différentes formes organisationnelles, tente de saisir la diversité des accompagnements regroupée sous ces termes communs d’AEMO et d’AED. Le nombre variable de mesures exercées par travailleur social en fonction des territoires, l’arrivée de nouvelles professions (TISF, CESF, Médiateurs Familiaux, animateurs, etc.), entre autres, apparaissent comme autant d’aspects qui incarnent et symbolisent une diversité déjà à l’œuvre dans les mesures dites « classiques »... sans parler des dispositifs particuliers qui se développent. Il y a lieu à cet endroit d’interroger et de repérer ce qui est en jeu derrière les termes de « renforcé », « intensif », « spécifique »…

Cette diversification des modes de prises en charge était à l’œuvre bien avant la loi du 5 mars 2007, qui est venue d’une certaine manière la reconnaître autant que l’encourager. Elle se manifeste soit par l’ouverture de nouveaux services, soit par la création de dispositifs dans le cadre d’un même service ou établissement. Elle contribue dans tous les cas à rendre difficile l’appréhension de l’accompagnement par la simple appellation qui est la sienne (AEMO intensive, AEMO renforcée, etc.) et qui renvoie à son fondement juridique davantage qu’à la réalité de l’accompagnement mis en œuvre. C’est dans ce contexte que nous pouvons situer l’ouverture du CNAEMO aux professionnels intervenant dans cet espace entre placement et milieu ouvert, qu’ils interviennent dans le cadre du placement externalisé ou de l’AEMO avec hébergement. Davantage qu’une diversification à partir d’un même fondement juridique, il s’agit cette fois d’infléchir les différences de nature entre placement et milieu ouvert pour jeter des ponts entre les interventions, rapprochement qui peut parfois se vivre sur le mode de la concurrence ou de l’opportunisme dans un contexte financier tendu. Ces deux mouvements de diversification des modes d’intervention et de rapprochement avec l’hébergement, viennent questionner l’unité mais aussi les repères d’un secteur en pleine mutation et ce à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, ils interrogent nos pratiques professionnelles jusque-là adossées à la fois à la nature de la mesure exercée et au projet de service qui en décline les modes d’intervention. Avec la multiplication à la fois des dispositifs et des services, ce lien organique entre nature de la mesure, projet de service et mode d’interventions est interrogé.

Est-ce la nature de la mesure qui détermine nos modes d’intervention et nos pratiques, avec le risque de ne pouvoir envisager les besoins spécifiques de chaque famille ? Est-ce la nature de la problématique familiale, avec cette fois, le risque de morcellement et de rupture ? Est-ce la possibilité de mobiliser des moyens supplémentaires, ce qui pose cette fois la question de l’équité de traitement ?

Ces interrogations ne posent-elles pas en préalable la nécessaire prise en compte de la modulation des interventions mais aussi la diversification des pratiques avec en complément des entretiens individuels, la mise en place d’actions collectives par exemple ?

Ce questionnement vient également toucher au rapport des familles avec un service et à la notion de projet. De fait, la loi de 2002 en fondant le projet personnalisé, vient questionner l’approche unitaire dans le cadre d’un service. Ce ne serait plus tant le projet de service qui définit l’intervention que le projet personnalisé, projet personnalisé défini avec les familles qui sont invitées à dire ce qu’elles attendent de l’accompagnement. Est-ce à dire que celle-ci peut venir demander un type d’intervention particulier ? Qu’elle peut déterminer quel service ou dispositif lui semblerait adéquat pour répondre à ses difficultés ? Finalement, qu’elle pourrait non pas s’inscrire dans le projet de service mais sommer celui-ci de s’adapter à sa situation particulière ? Et dans une telle perspective, on peut légitimement s’interroger sur ce qui fait institution ?

De la même manière, le projet pour l’Enfant, dans les départements où il est mis en œuvre, vient amener une notion de parcours qui questionne les limites entre les différents services et établissements, en instaurant une continuité au-delà encore une fois des projets de service qui fondent l’intervention de chacun. Plus les approches spécifiques se développent, plus la question des frontières ou plutôt des passerelles entre ces approches est questionnée.

Comment garantir une cohérence des interventions au-delà des appartenances propres à chaque travailleur social ? Comment garantir à la famille que son parcours ne soit pas morcelé au point de devenir un récit institutionnel plus qu’une histoire vécue ?

Au-delà que la diversification elle-même, ce sont à la fois ses conséquences mais aussi les évolutions de la Protection de l’Enfance et en particulier du milieu ouvert dans lesquelles elle s’origine que nous proposons d’interroger. En effet, la diversification vient dire quelque chose de notre rapport aux familles, de nos modes d’organisation et de nos constructions identitaires. Cette réflexion nous parait d’autant plus essentielle que les tensions liées notamment aux enjeux budgétaires peuvent venir réduire le débat à des questions d’oppositions concurrentielles entre les approches et les services.

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